Argumentation


7     Argumentation

 Nous avons d’abord fondé notre argumentation sur les données compilées à partir de recherches menées au Canada sur les comportements, les connaissances, l’attitude et les croyances des jeunes. Les résultats de ces études indiquent que les adolescentes et adolescents courent un risque élevé de contracter le VIH. Une brève révision des programmes d’éducation sexuelle et de prévention du VIH a confirmé l’importance de la contribution des écoles et des services de santé publique en matière de prévention du VIH et de promotion de la santé sexuelle. Enfin, et plus particulièrement, nous avons identifié les lacunes dans nos connaissances sur l’état actuel des programmes, des politiques et des services reliés à l’éducation sexuelle et à la prévention du VIH.

Lorsqu’il s’agit de la prévention du sida, les jeunes représentent un groupe cible clé. Et nous les visons davantage depuis que nous avons appris que la moyenne d’âge d’infection par le VIH est passée de 32 à 23 ans entre 1985 et 1990. Ce fait corrobore les recherches menées au Canada qui indiquent que le VIH est contracté, dans bien des cas, à l’adolescence (Santé Canada, 1996). Nous savons que par leurs divers comportements, les adolescentes et adolescents sont à risque de contracter le VIH.

Les indicateurs de comportements à risque élevé comprennent, entre autres, les premières relations sexuelles à un âge précoce, le taux d’utilisation de condoms et de méthodes contraceptives, le nombre important de grossesses non désirées et de maladies transmises sexuellement, les nombreux partenaires, les relations sexuelles non protégées alors que les jeunes se trouvent sous l’influence de l’alcool ou d’autres drogues, le partage de seringues pour s’injecter du crack ou de la cocaïne ou d’autres drogues de même que les divers autres comportements à risque.

Conformément à la théorie sur les problèmes de comportement (Jessor et Jessor, 1977), les jeunes vont souvent adopter plus d’un comportement à risque, ce qui en décuple les effets. Parmi les adolescentes et adolescents qui ont deux partenaires ou plus, 60 p. 100 boivent à excès au moins une fois par mois, ont eu des relations sexuelles avant l’âge de 13 ans et n’ont pas utilisé de condom lors de leurs derniers rapports sexuels (Centre McCreary, 1993).

L’épidémie du sida a créé un climat d’anxiété parmi les adolescentes et adolescents, mais cela n’a pas incité ces derniers à modifier leurs comportements sexuels à risque. Un sondage mené en Alberta (Quality Control Research, 1988) confirme que seulement 35 p. 100 des jeunes disent avoir modifié leur comportement sexuel à cause du danger d’infection par le sida. Selon l’Étude sur les jeunes canadiens face au sida et d’autres études (Nagy et al., 1990), la jeunesse en sait encore moins sur les mesures à prendre pour se protéger contre les maladies transmises sexuellement.

Les jeunes associent de façon positive l’emploi du condom et la croyance que son utilisation peut prévenir efficacement la transmission du VIH (Langille et al., 1994). De plus, ils ont une attitude positive relativement aux activités sexuelles de leurs pairs et entre eux. Les trois-quarts des élèves de la 11e année voient d’un œil favorable les relations prénuptiales avec un partenaire affectueux (King et al., 1988).

Ces résultats suggèrent que nous devons prendre les mesures nécessaires pour contrer le manque de connaissances et modifier les croyances inexactes ainsi que les idées fausses en ce qui concerne le VIH/sida et les MTS. Bien que l’ensemble des connaissances, des attitudes et des croyances jouent un rôle important lorsqu’il s’agit de motiver les adolescentes et adolescents à modifier leurs comportements, nous devons suppléer à ces facteurs de prédisposition par la création de mécanismes plus ambitieux propres à favoriser l’enseignement d’aptitudes adéquates et à offrir davantage de soutien social et communautaire (Otis, 1996).

Nous avons à maintes reprises mené des recherches sur les comportements, les connaissances, l’attitude ainsi que sur les croyances, mais nous n’avons malheureusement pas jaugé aussi fréquemment le degré de confiance et la capacité des jeunes à adopter des pratiques et aptitudes positives en ce qui concerne la santé sexuelle (c’est-à-dire, acheter des condoms et les utiliser). Selon King et al. (1990), de nombreux programmes de prévention du VIH/sida mis en pratique au Canada n’ont jamais prévu la question du développement des aptitudes, ce qui, nous croyons, limite la capacité des jeunes à modifier leur attitude ou à opter pour des comportements plus sains.

En résumé, un nombre élevé d’adolescentes et adolescents risquent de contracter le sida ainsi que d’autres maladies transmises sexuellement au cours des dix prochaines années.

État actuel des programmes, politiques et services de santé sexuelle

L’évaluation de l’état actuel des programmes, des politiques et des services reliés aux VIH/sida, aux MTS et à l’éducation sexuelle représente la première étape d’une suite logique qui servira à documenter l’élaboration des politiques et la planification de programmes de VIH et d’éducation sexuelle adaptés aux besoins des jeunes. Aucune étude systématique à l’échelle pancanadienne, provinciale ou territoriale n’a traité des efforts déployés dans les écoles en matière de promotion de la santé pour prévenir l’infection par le VIH/sida, et ce, malgré les recherches qui indiquent clairement que les jeunes courent un grand risque de contracter le VIH.

De nombreux travaux de recherche ont strictement porté sur la compréhension du processus de mise en œuvre de programmes complets de promotion de l’éducation à la santé et d’éducation sexuelle relative au VIH/sida et aux MTS. L’application des politiques et des programmes s’avère très importante pour de nombreuses raisons. Plusieurs programmes d’éducation à la santé sont perçus comme des fiascos, et ce, malgré le fait que l’échec est dû à l’exécution inadéquate de ces programmes, services ou politiques. (Basch et al., 1985).

Il existe, à ce jour, toute une série d’études partielles et non officielles. Les études de Barrett (1994) et de Santé Canada (1995) représentent les toutes dernières tentatives visant à présenter un aperçu des efforts déployés dans les écoles en matière de promotion de la santé. TLe Conseil du Canada d'information et éducation sexuelles a mandaté l’étude de Barrett (1994) pour évaluer l’étendue et la diversité des programmes d’éducation sexuelle dans les écoles. On s’est inspiré pour cette étude des entrevues menées auprès de répondantes et répondants clés dans chaque province. L’information a été communiquée de façon anecdotique. Santé Canada (1995) a récemment complété une étude pancanadienne sur l’évaluation de l’état des programmes et services de santé dispensés dans les écoles et reliés à ces dernières, en se servant de sondages et d’entrevues téléphoniques avec les fonctionnaires ministériels. Il y a très peu de renseignements précis sur la sexualité et la prévention du VIH, et les résultats ne sont communiqués qu’à l’échelle provinciale et territoriale.

Une étude menée en 1988 (Association canadienne des conseils/commissions scolaires, 1989) sur les politiques sur le sida des ministères de l’Éducation traite des mandats éducatifs et des exigences en matière d’hygiène ainsi que du traitement du personnel ou des élèves séropositifs. Cette étude se limite à l’analyse des politiques et directives provinciales ainsi qu’aux précautions à prendre en ce qui concerne le personnel et les élèves séropositifs. On a porté très peu d’attention à la question de l’enseignement.

Une revue des programmes éducatifs faite en 1988 (Association canadienne de santé publique, 1989) fait état des programmes disponibles dans chaque province et territoire. Cette recherche s’est inspirée des entrevues téléphoniques menées auprès de répondantes et répondants clés. Les résultats ont mené à l’élaboration de ressources éducatives dans le cadre de la Stratégie nationale sur le sida. Ajzenstat et Gentles (1988) ont étudié les politiques et programmes des conseils et des commissions scolaires dans quatre provinces pour le compte de la Human Life Research Institute. Ils se sont penchés sur le contenu des programmes scolaires ainsi que sur les politiques des conseils et des commissions scolaires qui ont répondu au sondage. Cependant, l’échantillonnage a été limité aux quatre provinces, et celui des arrondissements scolaires n’était ni aléatoire ni structuré.

Munro et al. (1994) ont déterminé qu’une pédagogie de qualité avait des répercussions positives sur les connaissances, le degré de tolérance et les intentions comportementales des élèves de 9e et 11e années. On a noté que les vidéos, les personnes invitées à donner une conférence ou les présentations sortant de l’ordinaire (comme les assemblées) influencent l’attitude des élèves de 9e année. Les présentations des infirmières et infirmiers de santé publique modifient positivement l’attitude des élèves de 9e année et les intentions comportementales des élèves de 11e année. La visite d’une personne représentant un organisme de lutte contre le sida influe sur l’attitude et sur les intentions comportementales des élèves des niveaux supérieurs.

King et al. (1990) ont passé en revue le contenu des programmes d’études provinciaux et territoriaux à l’égard du VIH/sida. Ils ont déterminé que la plupart des programmes étaient axés sur des faits médicaux plutôt que sur une approche psychosociale fondée sur les aptitudes de l’individu. Ils ont également décelé des lacunes dans la couverture de certaines questions et attitudes relatives au VIH/sida. Les critères de l’étude de l’équipe de King nous seront utiles dans l’élaboration de notre projet actuel. Il faut cependant noter que depuis la dernière recherche, on a apporté de nombreux changements d’importance aux programmes d’études.

Dans le cadre de recherches menées aux États-Unis, on a évalué l’instauration des programmes scolaires complets d’éducation à la santé, comprenant l’éducation sexuelle. Parmi toutes les études, est la plus exhaustive la School Health Policies and Program Study, qui est subventionnée par les centres à Disease Control and Prevention des États-Unis. Cette étude avait pour objet d’évaluer les politiques, les services et les programmes de diverses composantes du programme scolaire d’éducation pour la santé provenant des États, des arrondissements scolaires ou des salles de classe (Kolbe et al., 1995). On a examiné dans beaucoup d’autres études soit la mise en œuvre d’un programme scolaire complet d’éducation à la santé, soit les facteurs reliés à son exécution.

En résumé, les études antérieures étaient axées surtout sur les programmes scolaires offerts par les écoles. Nous n’avons aucune documentation sur les programmes, politiques et services de santé publique axés sur la jeunesse, pas plus que sur les politiques et les services scolaires et la participation des parents.

À ce jour, aucune étude pancanadienne n’a systématiquement évalué l’instauration des politiques, des programmes et des services à l’échelle scolaire ou participé à une évaluation avec un des ministères. Bien que l’étude de Santé Canada (1995) suggère la présence d’une certaine collaboration interministérielle dans les provinces et territoires, ces efforts de collaboration ne sont pas axés sur la promotion des programmes scolaires de prévention du VIH et de santé sexuelle. Nous ne savons pas à quel point les services de santé collaborent avec les écoles. Nous ne connaissons pas non plus le degré de préparation du personnel enseignant ni du corps infirmier et nous n’avons aucune donnée sur la disponibilité des ressources de formation et du matériel pédagogique.

La présente étude a donc été amorcée de concert avec les ministères de l’Éducation et de la Santé du Canada. Au cours d’une réunion de consultation fédérale-provinciale, nous avons soulevé des questions pertinentes sur les politiques et avons, par la suite, demandé aux ministères de participer à l’étude.

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